Yom Hashoah
Chaque année depuis plus de 30 ans, l’AJME commémore au Centre Aviv-Or-Sarah les six millions de victimes juives assassinées par la haine raciste des nazis.
A cette occasion, les membres de la Communauté juive, les élus, les corps constitués, les autorités religieuses rendent un ultime hommage à tous les êtres humains, nourrissons, enfants, jeunes, adultes, vieillards, hommes et femmes exterminés par la monstruosité du nazisme dans les ghettos, les convois ou les camps de la mort que la machine du IIIème Reich avait soigneusement planifiés et organisés.
L’allumage de 6 bougies est le symbole de l’anéantissement de ces six millions de Juifs. Une septième bougie est allumée à la mémoire de ceux qui ont été également assassinés par les Nazis : les gens du voyage, les homosexuels, les handicapés, les francs-maçons, les résistants.
Yom Hashoah 2026 : Intervention de Roger Fajnzylberg


Merci beaucoup.
Difficile de prendre la parole après cet intense moment d’émotion.
Mais puisque vous m’avez invité à le faire, je vais le faire et je vous remercie de m’avoir convié avec vous aujourd’hui. Monsieur le député, Monsieur le président de la communauté juive, cher Philippe L. aussi, messieurs les présidents et représentants des communautés chrétiennes, juives et musulmanes, mesdames, messieurs les représentants d’associations, Mesdames et Messieurs les élus de Maurepas et des communes avoisinantes, Monsieur le maire d’Élancourt, Madame la maire de Dampierre, Mesdames et Messieurs les enseignants, même si aujourd’hui, avec les dates des vacances scolaires, ils sont peu présents et on leur souhaite de bonnes vacances. Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis.
Je ne suis pas un survivant des camps de concentration, ni un enfant caché, rescapé de l’Holocauste. Je ne suis pas non plus un écrivain qui aurait écrit en s’inspirant de la tragédie que nos familles auraient vécue.
Je suis le fils de deux déportés juifs, l’un de France, l’autre, ma maman, de Pologne, et qui ont survécu.
Mes paroles, je les placerai sous le signe de cet extrait du rituel de Yom Kippour. Je cite « Le souvenir est une chose puissante. Il est l’invisible nœud qui lie les unes aux autres les générations qui se succèdent. Il nous marque du sceau sacré des responsabilités solidaires et ainsi nous fait veiller à ce que le flambeau allumé ne s’éteigne pas. »
Vous m’avez demandé de venir présenter l’histoire résumée dans le livre que j’ai écrit il y a un an avec l’aide de l’historien Alban Perrin, car effectivement, en 2005, j’ai enfin osé ouvrir une boîte à chaussures que je connaissais depuis ma plus tendre enfance, mais qui n’avait jamais été ouverte. Je la connaissais d’autant plus que nous vivions avec mes parents dans un petit appartement à Montmartre, un deux pièces, dans lequel la boîte était là, je me souviens, sur une étagère. Mais depuis ma plus tendre enfance, je n’ai pas le souvenir qu’elle ait été ouverte de nouveau. Elle contenait des cahiers, des simples cahiers d’écoliers rédigés par mon père, Alter, entre septembre 45 et le printemps 46, et dans lesquels il décrivait non pas ses sentiments personnels, ni même ses états d’âme, ses pensées comme aurait pu le faire un homme habitué à écrire, ce qu’il n’était pas, puisque mon père était quelqu’un qui a été élevé dans une famille extrêmement pauvre en Pologne, qui n’a pas fait d’études et donc il n’était pas habitué à écrire.
Mais il le raconte comme quelqu’un qui a vu, comme quelqu’un qui a été un témoin, un acteur, une victime, simplement des faits. Une organisation de mise à mort industrielle, mise en œuvre par un régime politique qui s’était fixé la destruction de tout un peuple, femmes, hommes, vieillards, enfants. Et pour lui, cette volonté de survivre pour témoigner, pour dénoncer, pour accuser et pour punir, il la tenait de son éducation, mélange d’éducation juive traditionnelle par ses parents qui étaient extrêmement pratiquants, extrêmement pieux, mais aussi révoltés et en rupture par rapport à cette pratique religieuse, comme des pans entiers de la jeunesse juive en Pologne à cette période. Mon père était un militant engagé depuis sa jeunesse. Et engagé en Pologne, ça voulait dire dans des structures quasi clandestines dans lesquelles il avait appris à se remémorer les situations, les faits, avec une volonté qui le dépassait de survivre, convaincu qu’il était que l’Allemagne nazie serait vaincue.
Et cette volonté et cette certitude que l’Allemagne nazie serait vaincue, il la portait en lui dès le début, lui qui avait déjà combattu en Espagne au sein des brigades internationales formées de milliers de volontaires venus de tous les pays du monde pour répondre à l’appel de la République contre la sédition dirigée par le général Franco, aidé par les puissances des régimes allemand et italien, régimes fascistes, alors que de l’autre côté, bon nombre de gouvernements de pays démocratiques faisaient le choix de ne pas bouger, de fermer les yeux ou d’apporter au mieux un soutien minimal à l’Espagne républicaine.
Mon père parti de Pologne se retrouve donc en Espagne où il combat au sein des brigades internationales, puis en mille neuf cent trente-neuf sur les routes de la retraite, la retirada, comme on dit en espagnol, qui pousse des dizaines de milliers d’Espagnols et des brigadistes à se réfugier en France. Et lui se retrouve alors entre mille neuf cent trente-neuf et quarante et un dans les camps d’internement du sud de la France, dont les noms ne vous ont, ne vous sont pas inconnus : Rivesaltes, Argelès, Saint-Cyprien d’un côté et Gurs de l’autre. Mais en dix-neuf cent quarante et un, la situation avait changé et les camps d’internement étaient désormais sous la surveillance du régime de Vichy. Pour échapper à cette souricière et éviter de se retrouver embarqués vers le sud de l’Algérie où le gouvernement de Vichy avait décidé de les transférer pour travailler dans des conditions extrêmement pénibles, il accepte, sous une fausse identité, celle de Stanislas Jankowski, de travailler à la construction du mur de l’Atlantique en Bretagne, du côté de Lorient. Là, il doit fuir, menacé qu’il était par un de ses anciens camarades, retourné au service de l’envahisseur. Il arrive clandestinement à Paris où il prend contact avec les réseaux de son parti. Manque de chance, se rendant à un rendez-vous clandestin, lui et l’un de ses camarades sont arrêtés dans la rue, non pas à l’occasion d’une rafle, car les premières grandes rafles avaient déjà eu lieu en août quarante et un, mais le vingt septembre dans un banal contrôle de police à neuf heures du matin. Sans papiers, interrogé dans les locaux du commissariat du onzième arrondissement, il doit avouer qu’il est juif et de là commence une nouvelle étape de son existence. Il arrive alors à Drancy, où il connaît une situation extrêmement difficile, car Drancy venait à peine d’ouvrir. Venait à peine d’ouvrir cette fameuse cité de la Muette, composée d’un groupe d’immeubles, on dirait aujourd’hui des HLM, immeubles sociaux inachevés où les conditions de détention sous administration française étaient éprouvantes et où les conditions de détention, les conditions sanitaires étaient tout à fait médiocres. Le six février quarante-deux, il est transféré à Compiègne dans le camp de Royallieu, placé, lui, sous autorité directe de l’armée allemande.
Le vingt-sept mars quarante-deux, il est déporté à Auschwitz dans le premier convoi de déportés juifs de France, composé environ, d’environ onze cent vingt hommes, hommes uniquement, de tous âges et de toutes conditions, car il s’agissait d’un convoi mis en route à la hâte par décision du commandement allemand en représailles des premiers attentats visant des soldats allemands à Paris. Mais quand je vous dis premier convoi, naturellement, immédiatement, vous vous dites : il y a été pendant longtemps. Oui, mais j’ajoute immédiatement que c’est un convoi dont tous les membres, jeunes et moins jeunes, seront affectés aux travaux forcés et duquel ne reviendront vivants en mille neuf cent quarante-cinq que moins de quarante déportés. Quand je dis premier convoi parti de France, j’ajoute aussi immédiatement premier convoi parti de l’Europe occidentale. Il n’y en avait pas eu avant. Et je dis en plus convoi qui arrive à Auschwitz dans un camp qui n’est pas encore le camp de concentration et d’extermination dans lequel près de quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui arrivent par les convois en wagons à bestiaux ne rentreront jamais, car directement emmenés à la mort. La particularité d’Auschwitz, vous le savez, c’est d’avoir été, et je pense que les, les mots ont chacun leur sens, à la fois un camp de concentration et d’être devenu camp d’extermination. Et Auschwitz, contrairement aux autres noms des camps qui ont été cités tout à l’heure…N’a pas été comme Sobibor ou Belzec seulement un camp d’extermination. Il n’a pas été comme Buchenwald seulement un camp de concentration. C’est un camp où arrivaient à la fois des hommes et des femmes pour être exterminés immédiatement et des hommes et des femmes pour être affectés à des travaux dont l’Allemagne nazie avait besoin pour son industrie de guerre, compte tenu du fait qu’un grand nombre d’hommes en âge adulte étaient, mobilisés dans l’armée et n’étaient pas sur leur lieu de, de production.
Auschwitz, en quarante-deux, en avril quarante-deux, n’était pas encore le Auschwitz-Birkenau. Il était un camp avec seulement quelques milliers de détenus, des détenus allemands, polonais, des soldats soviétiques capturés sur le front de l’Est qui avait ouvert en juin quarante-et-un et des Juifs. Et essentiellement dans l’ancienne caserne en briques rouges que l’on connaît pour ceux qui sont allés sur place ou qui ont vu des images, mais pas encore le camp de Birkenau, les baraques en bois, ou en tout cas un nombre extrêmement limité, ni même le troisième camp, celui de Monowitz, mis à disposition de l’industrie allemande, les fameuses usines Buna, qui ne sont qu’à peine ébauchées. Les décisions de janvier quarante-deux concernant la mise en œuvre de la solution finale accéléreront les constructions pour répondre aux objectifs de mise à mort des Juifs d’Europe. Mon père, Alter, est affecté à divers commandos de travail. Comme il était de formation manuelle qu’il avait été apprenti ébéniste, il est affecté à la construction de mobilier rudimentaire nécessaire pour loger. Enfin, loger, c’est un grand mot, pour servir de paillasse en bois, ou de latrines pour chacun des baraquements. Entre novembre quarante-deux et juillet quarante-trois, il est affecté au crématorium d’Auschwitz, celui dans lequel étaient incinérés les déportés qui mouraient d’épuisement, de maladies et d’épidémies. Celui aussi où étaient incinérés les prisonniers que les nazis assassinaient ou les résistants polonais capturés ou les premiers Soviétiques capturés sur le front. En juillet quarante-trois, il est affecté à la tâche sans doute la plus horrible de celles qui soient exigées, qui puissent être exigées d’un être humain, celle de se trouver au cœur de la mise à mort, c’est-à-dire dans le Sonderkommando de Birkenau. Je reprendrai simplement la phrase de l’historien Marc Bloch, qui écrivait que nous sommes là dans un monde assailli par la plus atroce des barbaries.
Disons simplement de quoi il s’agit. Les convois de déportés se succédaient aux convois de déportés. Une partie importante de ceux qui arrivaient étaient immédiatement sélectionnés pour aller vers la mort. Les enfants, les vieillards, ceux qui, que les Allemands estimaient malportants et pas en mesure de travailler. Cela, après avoir mis à mort, les avoir mis à mort par l’inhalation, du Zyklon B dans les chambres à gaz, sous le contrôle direct des SS, les corps de ces victimes étaient sortis, dépouillés de ce qui restait d’objets utiles sur leurs cadavres, comme les dents, les appareils métalliques en or et pour les femmes, rasées de leur chevelure, car tout cela était entassé dans des entrepôts du camp qu’on appelait de manière dérisoire les, le Kanada, et revendu pour les besoins de l’industrie allemande. Comment a-t-on déterminé que les cheveux étaient rasés après leur mise à mort ? C’est parce que sur ce que l’on a retrouvé, il y avait des traces du gaz Zyklon B sur les cheveux, contrairement aux autres camps d’extermination dans lesquels cette opération de rasage était faite avant d’être conduit à la mort. Puis, ils étaient brûlés, leurs cendres dispersées ou jetées dans les deux cours d’eau proches du camp.
Et mon père, Alter, a été affecté pendant dix-huit mois dans ce Sonderkommando de Birkenau. Comment a-t-il pu tenir ? Imaginez. Imaginez dix-huit mois, sept jours sur sept, douze heures par jour, à charrier des corps, à les brûler dans des crématoires ou lorsque des besoins étaient supérieurs aux possibilités, de les brûler dans des fosses communes recouvertes de chaux vive. Souvent, on me demande : comment a-t-il pu survivre aussi longtemps ? Comment a-t-il pu survivre au Sonderkommando ? Quand on sait en plus que systématiquement et régulièrement, les nazis liquidaient les membres du Sonderkommando.
Et ils le faisaient pour la raison suivante : c’est qu’ils avaient mis en place une véritable machine industrielle avec ses règles d’efficacité. Lorsqu’il y avait moins de corps à brûler. Parce qu’il y avait moins de convois qui arrivaient pour des faits de guerre ou parce que les ghettos étaient liquidés les uns après les autres et qu’il n’y avait plus grand monde à transporter, eh bien, ils avaient besoin de moins de bras pour travailler dans le Sonderkommando. Et à ce moment-là, ils ne renvoyaient pas ces hommes vers d’autres tâches. Ils les liquidaient pour qu’ils ne puissent pas raconter à l’extérieur du Sonderkommando ce qui se passait et ce qu’ils étaient obligés de faire. En gros, pour vous donner un chiffre, et je ne veux pas vous abreuver de chiffres, mais le nombre des membres du Sonderkommando de Birkenau a évolué au plus bas entre deux cents et au plus à neuf cents au moment de l’arrivée des très nombreux convois de Juifs de Hongrie. Alors on me demande comment il a pu survivre dans ces conditions.
Et là, si vous voulez, je réponds de ce que j’ai compris, parce qu’encore une fois, ce sont des choses que je n’ai pas pu discuter directement avec lui. D’autres enfants de déportés vous diront la même chose que moi. Nos parents ne voulaient pas nous parler de cela. Ils voulaient nous préserver. Ils voulaient nous aider à nous épanouir, à vivre heureux. Ils considéraient que cette horreur, ils l’avaient subie. Ils en avaient été meurtris, ils avaient perdu l’essentiel de leur famille, mais qu’il ne fallait pas nous, nous faire vivre cela. Et je crois qu’au fond de leur, de leur âme, il y avait l’idée… Vous savez, cette fameuse, ce fameux slogan des déportés après la guerre « Plus jamais ça ! ». Je crois que soit ils étaient convaincus ou ils voulaient se convaincre qu’il n’y aurait plus jamais ça et que donc ce n’était pas la peine de nous en parler pour nous faire revivre la même chose que ce qu’ils avaient vécu.
Donc mes parents ne me parlaient pas. Et quand je posais des questions, je peux vous dire que je me faisais renvoyer dans mes cordes et qu’on me disait de faire mes devoirs et de penser à autre chose. Mais il se trouve que quand ils parlaient, ils parlaient en yiddish. Ils parlaient couramment le yiddish à la maison et je le comprenais, je le parlais, je le parle encore, moins bien maintenant. Et quand ils avaient des amis à la maison ou qu’on allait chez des copains à eux et que le dimanche, après avoir bu du thé, du café, mangé des gâteaux et, et comme, comme cela se faisait souvent, ils parlaient bien évidemment, ils refaisaient l’histoire de leur vie. Et moi, en tant que gamin, j’entendais ce qu’ils disaient. Et, et je dressais l’oreille et j’ai eu la chance de me souvenir de beaucoup de choses, pas de tout malheureusement, mais de beaucoup de choses qu’ils se disaient. À ce moment-là, je ne comprenais pas tout, loin de là, mais j’ai emmagasiné. J’étais en quelque sorte comme une éponge qui absorbe un certain nombre d’éléments, comme une éponge qui absorbe de l’eau et en gros qu’un certain nombre d’années après, j’ai recraché une fois que j’ai appuyé sur, sur mon, sur ma mémoire et mon souvenir. Sauf qu’il y a des moments où quand ils ne voulaient absolument pas que l’on comprenne, ils se mettaient à parler en polonais. Et là, c’était fini. Je savais qu’il y avait des choses particulièrement graves, qu’il ne fallait pas que j’entende et qu’il ne fallait pas que je comprenne et qui sont demeurées pour moi un mystère.
Alors, on me dit : Pourquoi ne leur as-tu pas plus demandé ? Vous savez, c’est difficile quand on est enfant , d’essayer de faire parler ses parents des horreurs qu’ils ont vécues. Je dirais moi, en tant qu’enfant, mon rôle était aussi un peu de les protéger. Donc, je ne voulais pas les pousser à me parler de l’horreur. Et eux ne voulaient pas me parler de l’horreur. Et donc pendant des années comme cela, si vous voulez, nous, enfants de déportés, eh bien, on a été à côté de nos parents. Certains se souviennent plus que d’autres, certains moins. Il se trouve que moi, j’ai la chance, sans doute parce que j’ai été aussi un militant engagé, intéressé complètement par cette période, à la garder en mémoire, alors que je sais que d’autres de mes… d’amis, d’amis de mon âge, je dirais, ont enfoui les choses dans leur mémoire, voire les ont complètement effacées ou essayé de les effacer pour, pour pas que ça les, les perturbe de trop. Moi, j’ai cette chance d’avoir gardé la mémoire de tout cela. Alors, comment a-t-il survécu ? Je dirais, il y a trois, trois termes. Je crois que le premier, pour tous les déportés, qu’ils aient été déportés pendant longtemps ou peu de temps, qu’ils soient arrivés dans les premiers convois ou dans les derniers, le premier terme, c’est le mot chance. On ne survit pas à Auschwitz sans une certaine dose de chance. Et la malchance était là à tout moment du jour et de la nuit pour n’importe quelle raison. N’importe quelle volonté d’un SS, d’un nazi, d’un soldat allemand qui pensait qu’on lui parlait mal ou qu’on le regardait mal. Il pouvait vous abattre. Il n’avait de compte à rendre à personne. Deuxième élément bien sûr, c’est celui de la résistance physique, l’état de santé. Il valait mieux être plutôt jeune que, que plus âgé. Il fallait résister à la malnutrition, il fallait résister aux épidémies, il fallait résister aux maladies. Voilà, deuxième élément. Mais troisième élément, troisième élément et qui pour moi me paraît tout à fait important et sur lequel je voudrais insister plus particulièrement auprès de vous, c’est la question de la force morale, de la volonté, de l’engagement. Je crois que notamment dans le Sonderkommando, sans cette force morale, cette certitude qu’au bout de l’enfer, la lumière existe il n’est pas possible de survivre. On, on ne survit à cela que si l’on a une, une inconscience qui vous réduit à l’état de bête humaine ou une croyance religieuse extrêmement forte qui vous permet d’espérer, soit comme mon père qui n’était plus croyant, qui était athée. Et bien, l’espérance, la conviction, la force d’âme qui leur faisait croire que le nazisme pouvait être vaincu. Et comme mon père croyant en cet avenir radieux, attendre la victoire de l’Union soviétique, puisqu’à l’époque, si vous voulez, les, le monde était en gros divisé en deux et les choses étaient extrêmement bipolaires. Alors c’est de cela que son témoignage parle. Il raconte ce qu’il a vu à Auschwitz. Il raconte comment, ce qu’il a vu du développement du camp. Il indique la mise en place des mesures de solution finale. Il raconte la mise en place, je dirais, du Sonderkommando. Il raconte comment un certain nombre de déportés ont eu des comportements héroïques et contrairement à l’idée trop souvent répandue d’une passivité, qui aurait été celle des Juifs, qui montre comment les Juifs ne se sont pas laissés conduire à l’abattoir comme il se dit trop souvent et y compris trop souvent, y compris parmi, les descendants des, je dirais, des populations juives. Non, moi, l’exemple que je porte est celui de ceux qui ont été à côté de mon père ou de ma mère, sont des hommes et des femmes qui ont cherché à résister. Alors à résister dans des conditions particulièrement difficiles, particulièrement impossibles, dans un rapport de force qui était tout à fait totalement en leur défaveur. Mais la résistance dans les camps de concentration, elle commençait d’abord par un autre terme, c’est celui de la solidarité. Ils étaient, et notamment ceux qui avaient été déportés dans le premier convoi, dans les premiers convois, ceux qui venaient de la guerre d’Espagne, ceux qui avaient fait de la résistance dans leurs pays, différents pays, ils avaient, je dirais, un instinct de solidarité, de soutien les uns avec les autres. À un moment donné, dans son texte, mon père écrit qu’à certains moments, il était plus important d’avoir une parole de la part d’un autre détenu que même bénéficier d’un morceau de pain supplémentaire. Et quand on sait ce qu’étaient les besoins en termes de nourriture à Auschwitz, on comprend mieux ce que veut dire ce besoin de solidarité, de soutien pour comprendre qu’on n’est pas tout seul et qu’un jour, peut-être, quelque chose de positif arrivera. Alors le livre qui reprend son témoignage décrit aussi la résistance à l’intérieur du camp. Il décrit les tentatives de révolte du, d’Auschwitz dans sa globalité, qui n’a pas pu aller jusqu’au bout parce qu’il y avait eu à un moment une, un débat entre les différents groupes de résistance autour de la question suivante. Plus l’armée soviétique avançait du côté de l’Est et plus l’espérance d’être libéré rapidement se faisait jour. Donc une partie des déportés se disait : ça n’est pas le moment de bouger parce qu’il vaut mieux attendre et tenir le coup que les armées alliées arrivent. Et puis il y avait un autre secteur du camp, celui qui était le plus exposé aux, aux sévices et aux violences des nazis, qui pensait au contraire qu’il fallait se révolter très rapidement et notamment les hommes du Sonderkommando, parce que moins il y avait de convois qui arrivaient, moins les Allemands avaient besoin d’hommes du Sonderkommando et plus ils les assassinaient régulièrement. Et ensuite, à partir de novembre quarante-quatre, les Allemands eux-mêmes ont décidé quasiment l’arrêt du fonctionnement d’un certain nombre de crématoires, voire même leur démantèlement.. Et donc les membres du Sonderkommando, eux, étaient persuadés qu’il fallait se révolter, sinon ils allaient y passer les uns après les autres. Alors il s’est trouvé qu’un jour, dès le mois d’octobre, les Allemands ont abattu deux cents membres du Sonderkommando et qu’à ce moment-là, les membres du Sonderkommando affectés aux crématoriums quatre et cinq ont décidé de se révolter spontanément. Ils ont malheureusement été abattus les uns après les autres. Ils ont réussi néanmoins à détruire un des crématoriums alors que les hommes du Sonderkommando quatre et cinq, eux, n’ont pas pu se mêler à cette révolte. Et mon père faisait partie de ceux du crématorium numéro cinq. Voilà donc, si vous voulez, un certain nombre de choses que je voulais vous rapporter.
De la même manière que je dois ra– parler de cet acte héroïque qui a été celui de la prise des photos, qu’on– qui sont les quatre seules photos prises par les déportés eux-mêmes, des files de femmes allant vers la chambre à gaz ou d’un amas de, de corps nus fumants recouverts de chaux vive. Eh bien, la résistance intérieure du camp a décidé à un moment donné de faire prendre ces photos pour les faire sortir à l’extérieur. Un groupe de quatre déportés du Sonderkommando ont été désignés pour faire partie de ce groupe, dont mon père. Et dans, les textes suivant son témoignage, il rapporte la manière dont les choses se sont passées. Les photos ont été prises, la bobine a pu sortir du camp de concentration et c’est une bobine qu’on a retrouvée. Oh, pas immédiatement après. Pendant un ou deux ans, on n’a pas compris l’importance que cela avait. Ça avait été transmis à la résistance polonaise du côté de Cracovie. Mais c’est qu’au tout début des années cinquante que ces photos ont été à nouveau montrées et que désormais, elles font partie de toute l’imagerie que l’on présente sur Auschwitz. D’ailleurs, je dois vous dire que de ce point de vue, il faut faire attention et dire notamment à nos jeunes de faire extrêmement attention à tout ce que sont les images qu’on leur montre. Et là, je ne parle pas seulement de la période de la Shoah. Je veux parler y compris de l’actualité d’aujourd’hui. Une photo, ça n’est pas seulement ce que l’on voit, c’est la compréhension de qui les a prises, de dans quelles conditions ça a été pris et de ce qu’elles signifient. Les Allemands ont pris beaucoup de photos d’Auschwitz et ce sont celles que l’on retrouve dans la plupart des documents ou des livres, etc. Et, et, et c’est vrai qu’on a l’impression que les Juifs qui sont sur ces photos, ben, sont passifs, ne bougent pas. Mais ce sont des photos sur commande avec non loin de là les SS entourant ces rangées de cette colonne de Juifs. Ou bien, prenons un exemple qui m’a particulièrement frappé. Il y a une photo où l’on voit notamment quatre ou cinq Juifs hongrois, deux hommes et trois femmes assis sur un petit banc. Bon, on se dit finalement, ce n’est pas si grave que ça. Et on voit l’un des hommes avec un linge tout blanc entourant son visage. Mais ce qu’on ne sait pas, c’est qu’il s’agit de Juifs hongrois que l’on a voulu déshumaniser en les rasant, eux qui étaient particulièrement religieux. Et cet homme se cache pour qu’on ne voit plus son visage à qui on avait enlevé sa barbe. Donc, si on ne comprend pas ce que cela signifie, on se dit : Ben, ce n’est pas très grave, ces photos. Ben si, justement, si vous voulez. Donc il y a un travail à faire pour expliquer les photos. Et dans cette période que nous vivons, où l’image joue un rôle particulièrement important, je crois qu’il est important d’éduquer les jeunes générations à interpréter, à analyser, à comprendre les photos qui leur sont présentées. Excusez-moi de cette digression, mais vous savez, cette période de la Shoah doit nous servir à comprendre l’actualité d’aujourd’hui et nous servir à mieux saisir l’avenir. Alors voilà. Ensuite, mon père a été… dans la marche de la mort, ce qu’on appelait la marche de la mort. Il a réussi à s’en échapper. Il s’est réfugié dans une ferme où lui et un de ses camarades ont été sauvés par une paysanne polonaise qui les a cachés pendant trois semaines dans une meule de foin. Et je le dis d’autant plus avec certitude que non seulement mon père l’a raconté, mais qu’en quatre-vingt-cinq, quand il est retourné à Auschwitz à l’invitation du musée d’Auschwitz pendant trois semaines pour témoigner, pour raconter, pour discuter avec eux, il leur a parlé de cette fermière. Et les Polonais ont été rechercher cette femme dans le village. Ils ne l’ont pas trouvée dans le village, mais on leur a dit : Elle est encore en vie. Elle habite un village à dix kilomètres. Ils l’ont retrouvée, ils l’ont interrogée. Elle a raconté une version identique à celle de mon père. Et à ce moment-là, ils les ont mis à nouveau en face l’un de l’autre, à se retrouver quarante ans après ce moment de 1945. Et donc tout cela, si vous voulez, est, est raconté. Et avec Alban Perrin, nous avons cherché non seulement à transmettre le témoignage de mon père dans son intégralité, sans rien enlever, sans rien toucher, sans changer des mots, sans modifier l’esprit de 1945, mais en apportant un certain nombre de compléments, d’informations supplémentaires, de documents supplémentaires. Et je pourrais vous en raconter si tout à l’heure, après la cérémonie officielle, il y a des questions et grand plaisir pour vous raconter beaucoup plus de choses, mais je ne veux pas être trop long. Et voilà, il se trouve que ces cahiers ont été enfermés dans cette boîte à chaussures pendant de nombreuses années et que, en 2005…
Dans un contexte extrêmement particulier, je me suis décidé parce que j’avais peur de le faire avant. Je ne savais pas ce que j’allais trouver. Je ne savais pas ce que, ce que je lirais comme autre horreur de ce que je savais déjà et qui faisait que je repoussais le moment de le faire. En 2005, il s’est trouvé que les circonstances m’ont donné la force d’ouvrir cette boîte et de trouver ces cahiers écrits en polonais, que je ne comprenais toujours pas, et donc de les faire traduire, de les faire expliquer par un historien, d’aller à la recherche de documents supplémentaires pour tout documenter, pour tout justifier, pour que personne qui lira ce livre ne puisse nous dire « Mais vous nous racontez des conneries, ce n’est pas vrai ». On a les preuves et les éléments documentés sur tous les éléments qu’on a avancés. C’est aussi la raison pour laquelle je parle peu de ma maman dans ce livre, parce que concernant ma maman qui a été déportée, elle aussi, de Pologne, je n’avais aucun document écrit la concernant. Elle n’a rien écrit. Donc, je ne voulais pas, je dirais, modifier l’esprit du livre qui était fait à base de documents historiques. Et dans ce premier ouvrage, je parle malheureusement trop peu d’elle, mais si vous voulez, elle m’a autant marqué et instruit que n’a pu le faire mon père.
Et puis, dernière chose, les éditeurs m’ont demandé à la fin de parler de la manière dont mes parents se sont connus, ont vécu en France après la guerre et dont moi, en tant que gamin, j’ai, j’ai pris conscience de tout cela. Dans un premier temps, j’ai refusé de faire cette partie, de l’écrire, parce que je considérais que ça n’était pas de moi qu’il s’agissait, mais, mais d’eux, de lui, principalement. Mais je me suis laissé convaincre et ils ont eu raison.
J’ai raconté ce qui a été notre vie à Montmartre, ma vie d’enfant heureux au lendemain de la dé-déportation. Parce que Philippe, tu demandais tout à l’heure, tu disais : Chacun de nous a vécu tout cela. Oui, moi, j’ai vécu avec le souvenir de tout cela, mais j’ai vécu auprès d’eux une enfance heureuse. Je sais que d’autres enfants de déportés l’ont vécue moins heureuse que moi, en ont eu des séquelles des, des– bien plus importantes. J’en ai aussi, comme tout le monde, mais je pense que je m’en suis à peu près sorti. Et en tout cas, j’ai pu, à partir de là, je dirais, finir l’écriture de ce livre, le mettre à disposition des historiens et du public, accepter qu’on en fasse une bande dessinée, ce qui n’a pas été facile parce que je n’imaginais pas. Vous voyez, – pour moi, la bande dessinée, c’est plutôt un côté ludique. Donc être ludique avec la Shoah, pas évident, mais je crois qu’on a bien fait. La BD est sorti il y a quinze jours. Dans un mois sort un livre de poche destiné aux écoles et avec un dossier pédagogique que les enseignants pourront utiliser. Et l’histoire, voilà, continue à vivre sa vie. Je vous remercie et je suis prêt à répondre ensuite à toutes les questions que vous souhaiterez.
Mille mercis.
Yom Hashoah 2025
Génocide, Crime contre l’Humanité. Ces deux notions juridiques sont apparues pour la première fois lors du procès des principaux responsables nazis à Nuremberg en 1945. Notre ami Cyril Vock, avocat, a analysé et développé ce thème le 27 avril, lors du Yom Hashoah 2025, soit exactement 80 ans après la fin de la seconde guerre mondiale. Il était indispensable de faire le point et de préciser le sens de mots qui sont actuellement utilisés sans aucune compréhension et sans discernement. Nous avons accueilli de très nombreuses personnalités dans notre Centre Aviv : Mr Gérard Larcher, Président du Sénat, Mr Laurent Mazaury député des Yvelines, les représentants des municipalités ( Mr Fourgous, président de l’Agglomération de SQY, Mr Grégory Garestier maire de Maurepas, Mme Joséphine Kollmannsberger maire de Plaisir, Mr François Morton, maire de Guyancourt et de nombreux élus municipaux) , les représentants des cultes catholiques, protestants nous ont comme à l’accoutumé honoré de leur présence. Nous remercions tout particulièrement le représentant du culte musulman d’avoir participé à cette commémoration, au-delà des clivages partisans que certains aimeraient voir enfler.
Yom Hashoah 2024
Le 6 avril 1944, 44 enfants et éducateurs sont raflés par la Gestapo de Lyon commandée par Klaus Barbie. Cette année, nous avons voulu lors du Yom Hashoah rappeler cet évènement qui sera également rappelé lors de l‘Exposition qui aura lieu du 22 septemnbre au 01 Octobre 2024 dans le Hall de l’Espace Albert Camus à Maurepas. Nous avons accueilli de nombreuses personnalités lors de ce Yom Hashoah 5784 dans notre Centre Aviv : Mme la Sous-préfète Florence Ghilbert, Mr le député Philippe Emmanuel, les représentants des municipalités ( Mr Fourgous, président de l’Agglomération de SQY, Mr Grégory Garestier maire de Maurepas, Mme Joséphine Kollmannsberger maire de Plaisir, Mr François Morton, maire de Guyancourt, les représentants du maire de Trappes et de nombreux élus municipaux) , les représentants des cultes catholiques, protestants, musulmans, nous ont honoré de leur présence.
Yom Hashoah 2023
En cette année 2023, nous avons voulu lors du Yom Hashoah rappeler l’insurrection du Ghetto de Varsovie qui a été également rappelée dans l‘Exposition qui lui a été consacrée. Cette édition de l’année 5783 du calendrier hébraïque a été honorée par la présence dans notre Centre Aviv de Mr le Président du Sénat, Gérard Larcher, de Mr le Sous préfet Victor Debouge et par la présence de nombreuses personnalités politiques ( Mr Fourgous, président de l’Agglomération de SQY, Mr François Liet premier adjoint représentant Mr Garestier maire de Maurepas et de nombreux élus) ou religieuses ( représentants des cultes catholiques, protestants, musulmans).
Photo 1 : Vue de la Salle du Centre Aviv
Photo 2 : Discours de Mr Maurice Loulou, Président de l’AJME
Photo 3: Allumage de la 1ère des 6 bougies du souvenir, représentant les 6 millions de victimes juives assassinées pendant la Shoah. La première bougie est allumée par Mr Bajwol, 97 ans, le doyen de l’AJME, ancien résistant
Photo 4 : Allumage d’une 7ème bougie par François Liet, adjoint au Maire de Maurepas, qui n’a pu assister à cette commémoration.
Photo 5: Allocution de M.Mourad Dali au nom des musulmans des Yvelines
Photo 6: Allocution de Mr Victor Debouge, sous-préfet des Yvelines
Photo 7 : Allocution du Président du Sénat Gérard Larcher
Yom Hashoah 2022 en photos
- Photo 1 : Philippe Mimouni (AJME Commission Shoah)
- Photo 2 : Maurice Loulou (AJME Président)
- Photo 3: Charles Bajwol (témoin Rafle du Vel d’Hiv)
- Photo 4 : Un jeune ( Nathan) de l’AJME
- Photo 5: Mgr Luc Crépy, évêque de Versailles
- Photo 6: Mourad Dali, Président du Collectif des Associations musulmanes de Saint-Quentin-en-Yvelines et ses environs
- Photo 7: Pasteur Philippe Baup, de l’église adventiste du 7ème jour
- Photo 8: Philippe Boukara (Conférencier, Historien du Mémorial de la Shoah)
- Photo 9: Jean Michel Fourgous,Maire d’Élancourt et Président de l’Agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines
- Photo 10: Grégory Garestier, Maire de Maurepas
- Photo 11: Aurore Bergé, députée des Yvelines





































